L’humilité n’est pas une posture décorative pour le praticien en hypnose mais au contraire une condition de sécurité, de crédibilité et de compétence. Et quelque chose qui devrait faire partie de toutes les formations de base en hypnose.
Accompagner une personne suppose d’accepter une réalité simple : nous ne maîtrisons jamais totalement les mécanismes du changement. Nous pouvons formuler des hypothèses, observer des réactions, ajuster sa stratégie thérapeutique mais nous ne pouvons pas être certain ce qui s’est produit dans le cerveau, dans « l’inconscient » simplement parce qu’elle se sent mieux après une séance.
Une personne peut changer pour tout un tas de raisons : l’alliance thérapeutique, ses attentes, le contexte, l’attention reçue, une modification émotionnelle, un effet placebo et plein d’autres éléments encore, qui peuvent tous se combiner ! C’est tentant de se l’attribuer mais problématique…
Le problème devient plus sérieux lorsque certains praticiens inventent de nouveaux concepts principalement pour se différencier commercialement. Et ça m’énerve car ça décrédibilise la pratique des personnes sérieuses pour une partie du grand public.
Ces « praticiens » renomment des phénomènes déjà décrits, créent un vocabulaire « impressionnant » (quantique, énergétique…travail sur un autre plan…), ajoutent une belle formule marketing (guérir 5x plus vite), puis présentent l’ensemble comme une rupture théorique majeure. Pour donner de la valeur à leur « méthode », ils expliquent ensuite que les approches précédentes seraient dépassées, inefficaces ou fondées sur une mauvaise compréhension de l’esprit humain (oh la belle influence…).
Mais soyons sérieux : cette stratégie est intellectuellement faible.
Une théorie ne devient pas pertinente parce qu’elle porte un nom original, ou qu’elle est enseignée dans une formation coûteuse. Elle devient crédible lorsqu’elle formule des hypothèses précises, qu’elle peut être mise à l’épreuve, qu’elle produit des résultats reproductibles et qu’elle résiste à l’examen critique.
Changer le vocabulaire ne suffit pas à produire une découverte.
On voit apparaître des formulations ridicules :
« Toutes les autres méthodes travaillent au mauvais niveau. »
« Cette approche permet enfin d’accéder à la vraie cause. »
« Cette méthode agit directement sur le cerveau profond. »
Etc.
Ces affirmations sont généralement invérifiables et servent surtout à construire une impression d’exclusivité. Elles ne décrivent pas une avancée scientifique. Elles fabriquent une hiérarchie commerciale dans laquelle l’auteur de la méthode occupe naturellement la position supérieure (#ego).
La science progresse rarement en humiliant ce qui précède. Elle progresse en corrigeant, en précisant et en intégrant.
Une approche nouvelle peut améliorer l’existant. Elle peut proposer un cadre plus simple, une meilleure organisation clinique ou une manière originale de présenter des outils connus. Cela peut être utile. Il faut alors le dire honnêtement.
Présenter une reformulation comme une révolution constitue une tromperie intellectuelle et devrait inquiéter sur l’éthique du praticien.
L’hypnose souffre déjà d’une grande diversité de modèles et d’une littérature parfois hétérogène. Ajouter des explications invérifiables ou la greffer à des phénomènes variés ne renforce pas la discipline. Cela la fragilise et ça entretient la confusion entre expérience subjective, modèle thérapeutique et connaissance scientifique.
Un praticien rigoureux devrait s’autoriser à dire :
« Je ne sais pas exactement quel mécanisme a produit ce changement. »
« Cette explication est une hypothèse clinique, pas un fait établi. »
« Cette méthode reprend plusieurs principes déjà connus. »
« Les résultats observés dans ma pratique ne constituent pas une preuve scientifique. »
« Certaines personnes répondent bien à cette approche, d’autres non. »
L’humilité consiste aussi à reconnaître ce que l’on doit aux autres. Aucun praticien ne construit seul son approche. Nous héritons de décennies de recherche en psychologie, en médecine, en neurosciences, en psychothérapie, en apprentissage et en communication. Nous travaillons à partir d’outils développés, testés, critiqués et transmis par d’autres. Il faut aller lire « les classiques » plutôt qu’écouter ceux qui les racontent…
Dénigrer les approches antérieures pour faire croire à une supériorité personnelle révèle rarement une avancée majeure. Cela révèle plus souvent un besoin de positionnement, de reconnaissance ou de domination symbolique.
Le praticien n’a pas besoin de se présenter comme un génie qui aurait découvert ce que tous les autres avaient manqué. Il a besoin d’être compétent, prudent, informé et capable d’adapter ses interventions. Son rôle consiste à aider/accompagner une personne.
Lorsqu’une hypothèse ne correspond pas à la situation, elle doit être abandonnée. Lorsqu’une technique échoue, elle doit être ajustée. Lorsqu’une autre approche paraît mieux indiquée, le praticien doit pouvoir l’intégrer ou orienter la personne vers un professionnel plus compétent.
Etre un praticien sérieux et éthique commence lorsque l’ego cesse de diriger la méthode.
L’innovation reste nécessaire. Elle doit cependant respecter quelques règles simples : connaître l’existant, citer ses sources, distinguer les faits des interprétations, accepter la critique et ne pas confondre originalité lexicale avec découverte scientifique.
Créer un nouveau nom peut être une opération de communication.
Créer une nouvelle connaissance exige des preuves.
Le praticien humble n’affirme pas qu’il possède la vérité sur l’inconscient. Il travaille avec des modèles imparfaits, des données limitées et des personnes singulières. Il sait que toute théorie constitue une carte, jamais le territoire.
Cette prudence n’affaiblit pas l’hypnose. Elle la protège des gourous, des certitudes commerciales et des révolutions autoproclamées.
